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dimanche 18 décembre 2016

Ne rien faire






  Je me suis lancé dans la méditation. C'est mieux que de rester bêtement assis par terre sans rien faire.

Jean Yanne






     J'aime cette boutade de Jean Yanne. J'imagine que son but était juste de faire rire l'assemblée. Mais cela pose une question qui droit au cœur de ce qu'est la méditation. Au fond, c'est le genre de propos irrévérencieux que ne renierait pas un maître Zen. Qu'est-ce qui distingue au fond la personne qui s'adonne à la méditation de celle qui reste assise là à ne rien faire du tout ? Et au fond, il n'y a qu'une différence très mince, mais essentielles entre ces deux activités, ou plutôt ces non-activités: c'est la pratique de l'attention. Pour moi, la méditation, c'est une façon extrêmement active de ne rien faire. 


     La plupart du temps, nous sommes très actifs et volontaires dans nos vies : on s'agite en tous sens pour atteindre ses objectifs, on travaille en vue de gagner l'argent qui nous permettra de nous adonner à toutes sortes d'activité, à acheter une voiture ou une moto qui vont nous permettre d'aller dans toutes sortes d'endroits pour y faire des choses vachement intéressantes. On est extrêmement actif dans la vie, mais on subit nos humeurs, nos émotions, notre état d'esprit, l'insatisfaction fondamentale qui nous pousse à toujours vouloir chercher ailleurs ce qui comblera notre manque d'on ne sait pas quoi. Toutes sortes de facteurs conditionnent nos humeurs et notre vision de monde, sans qu'on en soit vraiment conscient.

     La méditation consiste donc en un retour à ce qui constitue notre soi, à ce qui fait que nous vivons ce que nous vivons comme nous le vivons. Et ce retour sur soi passe par le geste très simple de s'asseoir à terre et d'observer ce qui se présente à l'esprit et à nos sens quand on ne fait rien, absolument rien. Mais quand on ne fait rien, il se passe beaucoup de choses. Certes, ce sont des choses qui semblent infimes, voire insignifiantes, comme l'air qui rentre et qui sort de nos poumons ou les battements de notre cœur. Mais aussi insignifiantes soient-elles, ce n'en sont pas moins des choses vitales ! Pareillement, prêter attention à la moindre manifestation des pensées et de nos émotions est utile pour nous comprendre nous-mêmes. C'est dans les petites choses, les mouvements infimes de l'esprit que se situe la source de l'illusion ou la source de la sagesse. Il est donc vital aussi de regarder en soi-même le fonctionnement habituel de la conscience. Plus vite, on identifiera une pensée ou une émotion qui émerge dans la conscience, plus vite on pourra être libre de cette pensée ou de cette émotion. Si on laisse les pensées de colère proliférer sans qu'on y prête garde, cela risque bien d'éclater dans une crise de rage ou une dispute violente. Parfois même dans cet état, on a toujours pas pris conscience de son état émotionnel, par exemple, quand quelqu'un sort de ces gonds, qu'on lui dit de ne pas s'énerver et qu'il se met à hurler : « MAIS JE NE SUIS PAS EN COLÈRE ! ».


Dans la méditation bouddhiste, il y a plusieurs façons de traiter avec les pensées négatives et les émotions perturbatrices. On peut s'opposer à leur manifestation. Au moment où elles apparaissent dans la conscience, on leur refuse l'accès et tout développement. D'où l'intérêt de repérer ces mouvements émotionnels le plus tôt possible. Une autre mesure à prendre face à ces pensées négatives et émotions perturbatrices, c'est d'opposer un antidote, une force contraire qui va neutraliser les effets de cette émotion : face à un désir égoïste, développer l'altruisme et le souhait d'aider les autres, face à la colère et la malveillance, cultiver la patience et la bienveillance, face à la jalousie, et ainsi de suite...


      Mais une autre attitude en méditation est de ne rien faire face à ces pensées noires et émotions perturbatrices. Ne rien faire au sens transcendantal du terme. D'ordinaire, nous habillons toutes nos pensées et nos émotions de tout un discours mental : jugements, appréciations sur les choses, idées,.... Nous surimposons sur tout ce que nous voyons toutes sortes de conceptualisations qui réunissent toutes de perceptions issues des sens en un seul concept, plus commode à identifier et avec lequel il est plus facile de se repérer dans le monde. En soi, ce n'est pas un mal, mais ces concepts tendent à remplacer la perception vécue dans l'instant et à nous enfermer dans toutes sortes de catégorisations de l'existence.... Par exemple, quand on voit devant nous une table dans le salon, on se forme un concept de la « table du salon ». Derrière ce concept, se cachent toutes les perceptions que l'on a pas pu avoir de la table : toutes les fois où l'on a pu voir la table, sous tous les angles imaginables, toutes les fois où on a pu la toucher, appuyer ses mains et ses coudes dessus. Finalement, on finit par ne plus voir vraiment voir ou toucher la table réelle, mais la conceptualiser de manière commode comme « table du salon », un objet fixe, clairement identifiable et toujours semblable à elle-même. Et on fait ça avec tous les objets du quotidien, ainsi qu'avec les personnes et les êtres vivants.



     Mais tout cela est éreintant, car cela nous enferme en permanence dans des jugements et des appréciations qui n'ont peut-être plus lieu d'être au moment où on les vit. C'est pourquoi la méditation est un lieu si intéressant pour ne rien faire au sens transcendantal du terme : ne pas poursuivre ces pensées et ce bavardage mental, ne pas l'alimenter, demeurer dans la fraîcheur de l'instant présent. Laisser ces pensées et ces émotions se libérer d'elles-mêmes. On peut alors dans ce grand silence entrer en communication avec la liberté naturelle de la conscience non-duelle et être simplement là, véritablement là, assis à ne rien faire.  





















Sur la méditation : 




Pour un commentaire beaucoup plus détaillé des pratiques du Soûtra de l'Attention au Va-et-Vient de la Respiration, voir : 

En compagnie du souffle :  

     Commentaire au Soûtra de l'Attention au Va-et-vient de la Respiration 



Les Quatre Demeures de Brahmā : amour illimité, compassion illimitée, joie illimité et équanimité illimitée


Méditation des Quatre Incommensurables








Voir également : 


- Commentaires sur « L’Art de la Méditation » de Matthieu Ricard : voir le texte

     Pourquoi les enseignements du Bouddha sont-ils si rarement cités par les lamas du bouddhisme tibétains ? Est-ce que la méditation sur la nature de l'esprit n'occulte pas l'établissement de l'attention portée sur le corps (telle que le Bouddha l'enseigne dans le Soutra des Quatre Etablissements de l'Attention) ? Les soutras du Petit Véhicule ont-ils un intérêt dans la méditation sur la vacuité telle que l'expriment les soutras de la Perfection de Sagesse ? Comment intégrer les différents Véhicules du bouddhisme ?




Slowly, slowly, slowly.... : voir le texte
       Le progrès lent et graduel de la méditation. Comment arriver à la pleine conscience ?




Méditer à la piscine 

       Beaucoup de gens aiment faire quelques longueurs à la piscine pour se relaxer. C'est effectivement quelque chose de délassant de se baigner dans l'eau et d'activer l’entièreté de son corps. Mais je trouve que la piscine est aussi excellent endroit pour pratiquer la méditation et l'attention. 





Faut-il une bonne respiration pour méditer ?


On m'a récemment posé la question : je ne peux pas pratiquer la méditation de l'attention portée à la respiration, puisque je suis asthmatique. Que dois-je faire ? Il se trouve que je suis, moi aussi, asthmatique. En fait, le fait de respirer bien ou mal n'a rien à voir avec la pratique de l'attention telle qu'est enseignée par le Bouddha. Il s'agit de prêter attention à la respiration, pas de la réguler à tout prix. Même pendant une crise d'asthme, on continue à inspirer et expirer. Vous le faites difficilement du fait de la crise, mais vous le faites, sinon vous seriez mort. Il faut seulement prendre conscience de cette conscience de cette respiration et laisser l'esprit se calmer et se libérer de lui-même.









Qu'est-ce que la compassion?


        On pense parfois que la compassion consiste à s'affliger soi-même de la détresse des autres, mais, dans la philosophie du Bouddha, rien de tout cela : la compassion est définie comme le souhait ardent que les autres soient libérés de la souffrance et des causes de la souffrance.





Joie 

   Qu'est-ce que la joie spirituelle prônée par le Bouddha ?





    L'équanimité dans la méditation, l'apaisement des remous de la vie. Comment la pratiquer ? Comment la mettre en œuvre dans la vie de tous les jours ?



















Voir tous les articles et les essais du "Reflet de la lune" autour de la philosophie bouddhique ici.


Voir toutes les citations du "Reflet de la Lune" ici.










2 commentaires:

  1. A verdadeira meditação é a não meditação. Se você se dispõe a meditar, a iniciativa de fazê-lo já é comprometimento.Um estado, digamos, "meditativo", seria o da Pura Atenção. o olhar direto, único meio de saber-se em sua verdadeira natureza.As palavras são impotentes.Eu tento, às vezes, mas não leva a nada.

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  2. @lin de varga : Mas per desvolopar un estat de non-meditacion, cal molt meditar e ne prene l'iniciativa, seure-se/s'assetar.

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