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mercredi 24 août 2016

Richard

Richard

de Léo Ferré


Les gens, il conviendrait de ne les connaître que
disponibles
A certaines heures pâles de la nuit
Près d'une machine à sous, avec des problèmes d'hommes
simplement
Des problèmes de mélancolie
Alors, on boit un verre, en regardant loin derrière la
glace du comptoir
Et l'on se dit qu'il est bien tard...


Richard, ça va?

Nous avons eu nos nuits comme ça moi et moi
Accoudés à ce bar devant la bière allemande
Quand je nous y revois des fois je me demande
Si les copains de ces temps-là vivaient parfois

Richard, ça va?

Si les copains cassaient leur âme à tant presser
Le citron de la nuit dans les brumes pernod
Si les filles prenaient le temps de dire un mot
A cette nuit qui les tenait qui les berçait

Richard, ça va?

A cette nuit comme une sœur de charité
Longue robe traînant sur leurs pas de bravade
Caressant de l'ourlet les pâles camarades
Qui venaient pour causer de rien ou d'amitié
Nous avons eu nos nuits...

Richard eh! Richard!

Les gens, il conviendrait de ne les connaître que
disponibles
A certaines heures pâles de la nuit
Près d'une machine à sous, avec des problèmes d'hommes
simplement
Des problèmes de mélancolie
Alors, on boit un verre, en regardant loin derrière la
glace du comptoir
Et l'on se dit qu'il est bien tard...



Richard! encore un p'tit pour la route?
Richard! encore un p'tit pour la route?
Eh! m'sieur Richard encore un p'tit pour la route?
Allons! Richard... Richard... encore un p'tit!












    Léo Ferré est né il y a cent ans, le 24 août 1916. À titre de petite commémoration, ce titre de 1972 qui n'est certainement pas la chanson la plus connue de Léo Ferré, mais que je trouve extrêmement touchante. Cette chanson qui parle de solitude, d'amitié, de fraternité et de camaraderie, assis au zinc d'un café quelque part dans la nuit. Et ces paroles graves qui débute « Richard » : « Les gens, il conviendrait de ne les connaître que disponibles /à certaines heures pâles de la nuit / près d'une machine à sous, avec des problèmes d'hommes / simplement / des problèmes de mélancolies ».

     C'est en soi un appel à la révolution des mœurs que de rêver à plus de fraternité, plus d'écoute, plus de célébration de la vie ensemble. C'est aller à l'encontre de ce système qui isole chaque individu dans une case, dans un parcours individualisé, dans une « carrière » où l'on exploite nos talents que pour le profits de boîtes et de trucs. Il faudrait pouvoir retrouver les individus pour communier avec eux un moment où les hiérarchies et les codes se sont estompés.

    Épicure disait que « de tous les biens que procure la sagesse, l'amitié est le plus précieux ». Je voudrais souvent retrouver cette sagesse qui donnerait l'amitié et la répandrait à travers tous les coins du monde. Mais c'est souvent quand on élabore des plans pour ce magnifique qu'on se sent le plus seul. Quand on se regarde son reflet dans la glace derrière le comptoir : « Nous avons eu nos nuits comme ça moi et moi / accoudés à ce bar devant la bière allemande ». Cette nuit où la mélancolie s'empare de nous, adoucie par la présence des camarades qui s'effilochent peu à peu, tout au long de « cette nuit comme une sœur de charité », qui accueille nos rêves et nos aspirations déçues.

      Ne reste plus dans ce café que Richard à qui on propose un dernier verre pour la route, un dernier moment fraternel, une dernière célébration de la nuit.

Richard! encore un p'tit pour la route?
Richard! encore un p'tit pour la route?
Eh! m'sieur Richard encore un p'tit pour la route?
Allons! Richard... Richard... encore un p'tit!











 JP  Roche, Léo Ferré, Fête du PSU, Colombes, 1973.





"Richard" interprété par Léo Ferré, le 4 novembre 1972 (archives de l'INA) :




Voir aussi : 





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Léo Ferré par Hubert Grooteclaes






lundi 22 août 2016

Avec un ami

Avec un ami, passant la nuit

pour chasser la tristesse de mille années,
nous nous attardons à boire cent pichets
cette belle nuit est propice aux propos purs
la lune lumineuse ne nous laissera pas dormir
ivres nous nous allongeons sur la montagne vide,
le ciel pour couverture, la terre pour oreiller


Li Bo (ou Li Bai, 李白, Chine, 701-763)1





Michael Shainblum




     Beau poème de Li Bo déclinant la mélancolie et l'amitié sous les auspices de la terre et du ciel, de la lune et de la montagne. L'ivresse entre belles paroles et silence, joie et contemplation. On notera la confiance simple et évidente de Li Bo pour trouver la consolation de la tristesse de la vie dans l'amitié et la contemplation de la Nature. Je ne peux m'empêcher de penser que les gens aujourd'hui ont perdu le contact avec la Nature. Ils ne savent plus le bienfait que l'on peut retirer d'une promenade sous le ciel étoilé avec le calme et les bruits de la vallée. Et quand on sort avec des amis, la musique dans les bars et les boîtes de nuit est tellement assourdissante que l'on peine à échanger ne serait-ce que quelques mots en hurlant dans le creux de l'oreille des personnes avec qui on voudrait converser.










1 Li Po, « L'immortel banni sur terre buvant seul sous la lune », traduction de Cheng Wingfun et Hervé Collet, Albin Michel, Paris, 2010, p. 147. NB : Li Bo (transcrit en pinyin, transcription officielle de la langue chinoise) s'écrit « Li Po » en transcription Wades et EFEO.










Yuichi Takasaka - lac de Waterton, éclipse lunaire du 15 avril 2014









Li Bo  






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samedi 20 août 2016

Équanimité





    L'équanimité est cette égalité dans l'humeur et le jugement, l'équanimité est une disposition de la conscience faite de détachement et de sérénité à l'égard de toute sensation ou ressenti, agréable ou désagréable. L'équanimité joue un rôle considérable dans la Voie du Bouddha et dans la méditation. Équanimité traduit alors le terme en sanskrit « upekshā » ou en pâli « upekkhā ». L'équanimité est une des Quatre Demeures de Brahma ou Quatre Qualités Incommensurables avec l'amour, la compassion et la joie. L'équanimité n'est donc pas seulement la capacité à être calme et à rester « zen » face aux circonstances adverses, mais c'est aussi la paix qui procèdent de la bienveillance fondamentale que l'on peut nourrir envers les autres. Dans les Soûtras, le Bouddha encourage le méditant à répandre ce sentiment d'équanimité et de paix partout autour de lui, dans toutes les directions : « Le méditant demeure faisant rayonner la pensée d'équanimité dans une direction de l'espace et de même dans une deuxième, dans une troisième, dans une quatrième, au-dessus, au-dessous, au travers, partout dans sa totalité, en tout lieu de l'univers, il demeure faisant rayonner la pensée d'équanimité, large, profonde, sans limite, sans haine et libérée d'inimitié ». Il s'agit que tous les êtres soient touchés en tous lieux de l'univers et en tout temps par cette grande paix.

    L'équanimité consiste donc à rester égal par rapport aux événements qu'ils soient positifs, négatifs ou neutre. Il s'agit de laisser passer tout ce qui peut lui arriver dans la vie et ne pas s'y attacher. Dans le Soûtra du Développement des Facultés Sensorielles (Indriya Bhāvanā Sutta, Majjhima Nikāya, III, 298-302), le Bouddha explique :

   « Lorsque qu'un pratiquant voit une forme matérielle grâce à ses yeux, il se produit chez lui une sensation agréable ou une sensation désagréable ou une sensation à la fois agréable et désagréable.

     Le pratiquant la reconnaît pour ce qu'elle est : « Voici une sensation agréable qui se produit en moi. Voici une sensation désagréable qui se produit en moi. Voici une sensation à la fois agréable et désagréable qui se produit en moi. Cette sensation se produit parce qu'elle est un fait conditionné ; elle est un fait grossier ; c'est un effet qui se produit par des causes. Cependant, c'est l'équanimité qui est pure, qui est excellente ».

   Lorsqu'il réfléchit ainsi, la sensation agréable ou la sensation désagréable ou la sensation à la fois agréable et désagréable s'estompe en lui. Enfin, c'est l'équanimité qui reste. Tout comme, ô Ānanda, un homme qui peut voir, ayant les yeux ouverts, les ferme ou, les ayant fermés, les ouvre, de même, ô Ānanda, c'est avec une telle vitesse, une telle rapidité, une telle aisance qu'une sensation agréable ou une sensation désagréable ou une sensation à la fois agréable et désagréable s'estompe. Enfin, c'est l'équanimité qui reste. Telle est, ô Ānanda, le développement de la faculté sensorielle concernant les formes matérielles connaissables par les yeux1 ».

     L'équanimité est donc intimement liée à la conscience de la fugacité de la sensation. La méditation de l'équanimité a donc ici pour préalable la méditation de l'impermanence. Bien sûr, on pourrait rétorquer qu'une sensation peut durer plus que quelques instants. Quand on est malade, la sensation douloureuse de notre corps peut durer des jours entiers. Mais quand on analyse finement cette sensation qui dure et qui dure encore, on se rend compte que cette sensation se décompose en une chaîne d'instants de sensation. La sensation désagréable que l'on éprouve durant la maladie n'est pas une seule sensation, mais une suite de sensations, comme un film est une suite d'images qui se succèdent sur la pellicule. Or l'équanimité agit dans l'instant présent de cette sensation : celle-ci ne dure qu'un instant comme un battement de paupières avant de laisser la place à une autre sensation.

    Le Bouddha applique, dans ce Soûtra du Développement des Facultés Sensorielles, le même raisonnement aux autres facultés sensorielles : l'équanimité dans l'instant de la sensation sonore est comparée au claquement de doigts, l'équanimité dans l'instant de la sensation olfactive est comparée à la goutte d'eau qui tombe et dévale d'une feuille de lotus. La fleur de lotus a la particularité de ne donner aucune adhérence à l'eau, ce qui fait que l'eau glisse particulièrement vite sur sa surface. L'équanimité dans l'instant de la sensation gustative est comparée à un crachat ; l'équanimité dans l'instant de la sensation tactile est comparée au fait de tendre un bras. Enfin, l'équanimité dans l'instant de la sensation mentale est comparée à une goutte d'eau qui tombe sur une plaque de four en fusion et qui s'évapore dans l'instant. L'équanimité qui se maintient dans la fugacité de l'instant permet de dissoudre cet attachement au sensation qui fait que l'on désire avidement les sensations plaisantes et que l'on rejette violemment toute sensation désagréable.

     Par ailleurs, l'équanimité provient aussi de la conscience de la causalité. Aucun phénomène n'existe de manière indépendante comme une fatalité tombée du ciel. Une fois que l'on comprend l'enchaînement des causes et des conditions qui ont fait advenir les événements auxquels nous sommes confrontés, on peut d'autant plus facilement les relativiser et s'apaiser par rapport à eux.

    Cette faculté d'apaisement n'est jamais pourtant vraiment totale. Peut-être chez un Bouddha est-elle totale, mais chez la plupart des pratiquants de la méditation, la vie n'est pas vécue de manière totalement égale et sereine. La colère et l'irritation pourront vous envahir. Certains maîtres zen étaient d'ailleurs connus pour leur coup de sang. On peut avoir des moments de déprime, être stressé, plonger dans le désespoir. L'équanimité n'agit pas nécessairement tout de suite, d'un seul coup, comme par un coup de baguette magique. L'équanimité agit le plus souvent lentement, doucement. Vous êtes envahis par une émotion, c'est naturel, et puis il faut avoir le réflexe de revenir à la méditation. Au lieu d'entretenir cette émotion perturbatrice et laisser courir les pensées incontrôlées comme un torrent impétueux, revenir à la conscience silencieuse du moment présent. Au début, c'est difficile parce que des orages de pensées noires nous traversent, notre corps est le témoin et la victime de ces crispations qui l'assiègent de toute part. Mais par la méditation de l'équanimité, cela redescend lentement. L'amour infini, la compassion infinie et la joie infinie finiront par chasser ces nuages noires qui planent sur notre esprit et feront revenir un ciel radieux dans notre flux de conscience.

      En fait, c'est vraiment une question d'avoir le réflexe de se tourner vers la pratique de shamatha / vipashyanā (quiétude & vision pénétrante) plutôt que de se laisser emporter par le flot émotionnel. Pour cela, il faut s'entraîner encore et encore à la méditation afin d'ancrer ce réflexe de la méditation au plus profond de nous-mêmes. Cela vient lentement, lentement, lentement.... L'équanimité n'est pas un ordre autoritaire que la raison pourrait décréter envers et contre tout dans notre psychisme. On dit souvent qu'un arbre qui pousse fait plus de bruit qu'une forêt qui tombe. Et la croissance de l'équanimité dans toutes les parties les plus fines de notre être est encore plus silencieuse, inodore, invisible... Il faut commencer par cultiver l'équanimité dans des petites choses, par exemple quand vous attendez votre bus et que vous vous impatientez de ne pas le voir venir. Progressivement, l'équanimité gagnera du terrain en nous.

      Mais cette équanimité ne sera jamais totale, sauf peut-être dans le cas hypothétique d'un Bouddha parfaitement accompli. En fait, il y a toute une mythologie tant dans la tradition gréco-romaine que dans les traditions indiennes ou chinoises dont il conviendrait de se défaire : c'est l'idée d'un Sage totalement impassible face à l'adversité de la vie, face même à la torture ou à des souffrances inimaginables. Rien ne pourrait le perturber. On trouve cela fortement inscrit dans l'éthique stoïcienne où le Sage reste de marbre face aux orages du Destin. En Inde, on imagine les bouddhas du bouddhisme et les rishis de l'hindouisme ainsi que les jinas du jaïnisme aussi imperturbables que les statues qui les représentent. Mais voilà, les Sages, les bouddhas, les jinas et les rishis ne sont pas des statues, mais des êtres humains faits de chair et de sang. Ce sont comme comme nous des êtres doués de sensibilité et de conscience, et ils ressentent au moins la douleur physique autant que nous. Bien sûr, on peut s'entraîner par un effort colossal de la volonté à maîtriser ses affects ; mais je me demande dans quelle mesure il n'y a pas un orgueil incommensurable à vouloir se faire plus imperturbable qu'un roc.

     En fait, la peur, le stress, l'angoisse sont des choses très désagréables, mais elles ne sont pas dénuées d'utilité pour notre survie et l'évolution de notre espèce. Supposons que nous soyons poursuivis par un lion. On a tout intérêt à avoir peur et à être stressé ! Cela nous donnera des ailes pour fuir au plus vite ce danger. Certes, quand la peur devient de la panique, on a souvent des réactions complètement irrationnelles et contre-productives : on reste figé et tremblant là où on devrait ses jambes à son coup, ou on fuit là où il serait beaucoup plus sensé de rester immobile et d'attendre que le danger passe. C'est pareil pour la colère. La colère est mauvaise si elle nous conduit à la violence, au ressentiment et à la malveillance. Mais rester de marbre face à une injustice peut donner à l'impression à celui qui commet l'injustice qu'il ne fait là rien de mal. Exprimer notre colère ou notre rébellion peut envoyer à l'autre le message qu'il fait quelque chose de mal.

      C'est pourquoi cette idée de rester imperturbable quoi qu'il arrive n'est pas nécessairement un bon idéal de sagesse à atteindre. J'y verrais pour ma part une vision figée et faussée de la sagesse. Le Bouddha n'hésitait pas à exprimer sa désapprobation devant le comportement de certains de ses disciples, voire à les réprimander vertement. Par ailleurs, certaines personnes sont plus sensibles que d'autres, certains personnes connaissent plus d'angoisse que la moyenne des gens, d'autres sont naturellement ou à cause des aléas de la vies plus frappées de dépression ou de désespoir. Je pense que la sagesse consiste à vivre de manière dynamique avec ce que nous sommes. J'ai souvent connu des crises d'angoisse ; et au début où je pratiquais la méditation, j'avais l'ardent désir de parvenir à apaiser totalement ces crises d'angoisse grâce à la pratique de shamatha / vipashyanā. Mais cette angoisse persistait au fil des ans où je pratiquais assidûment la méditation, plusieurs heures par jour. Je vivais cela comme un échec. Jusqu'au jour où j'ai compris que la méditation ne devait pas m'aider à éteindre l'angoisse, mais vivre tranquillement cette angoisse. Il m'arrive encore d'être traversé par des crises d'angoisse, mais je ne m'angoisse plus d'angoisser. Je vis ces moments désagréables d'angoisse avec une certaine équanimité comme quelqu'un qui serait malade d'une fièvre et qui doit bien prendre son mal en patience. Mais surtout je n'écoute plus le discours de cette angoisse, cette production infernale du mental qui se tracasse de tout et de rien. Je sais que c'est là : « il y a là de l'angoisse », mais je ne vois plus là une raison de perdre sa sérénité.




Ernst Baumann - Le lac de Zell en soirée - 1938






*****






       L'équanimité peut aussi être mise en relation avec les trois Portes de la Sagesse : vacuité, absence de caractéristique, absence de souhait. La vacuité désigne l'absence d'existence ultime des phénomènes. Les phénomènes n'ont pas la réalité qu'on leur porte. L'absence de caractéristique est la prise de conscience du fait que les concepts, les noms, les idées, les appréciations, les jugements ne sont que des étiquettes que l'on porte sur des phénomènes fluctuants et insaisissables : ces étiquettes conceptuelles ne renvoient à aucune réalité. Pourtant, nous avons la très forte tendance à conférer une réalité à nos concepts et aux caractéristiques dont nous affublons les phénomènes auxquels nous assistons. L'absence de souhait est la prise de conscience qu'il n'y a rien à attendre des phénomènes illusoires, rien à souhaiter, rien à désirer, simplement se contenter dans l'ici et maintenant, dans les choses telles qu'elles sont, et non telles que nous voudrions qu'elles soient.

      Si nous pratiquons l'équanimité en-dehors de ces trois portes de la sagesse, c'est déjà très bien somme toute, mais on ne dépassera pas le stade du monde de Brahma, monde divin fait d'une sublime paix, où tout est amour, compassion et joie, mais où on ne dépasse pas la dualité entre ce qui est bon et ce qui est mauvais. Le méditant équanime qui médite les quatre demeures de Brahma apaisera son esprit face à la douleur ou ce qui est pénible et ne s'emballera pas face à ce qui est plaisant et jouissif, mais il sera toujours confronté à la dualité de devoir endurer les choses pénibles et ne pas s'exciter excessivement devant les choses plaisantes. Jointe aux trois Portes de la Sagesse, la vacuité, l'absence de caractéristique et l'absence de souhait, l'équanimité prend une autre ampleur. Dans l'absence de caractéristique, on cesse de juger constamment les phénomènes et les diviser en bons et en mauvais. On prend conscience que ce ne sont que des divisions relatives qui n'ont pas cours dans l'absolu. Dans l'absence de souhait, on s'établit dans l'instant présent, ne souhaitant rien pour l'avenir. On se libère de cette propension fondamentale qu'ont tous les êtres à rechercher avidement le plaisir et le bonheur et à repousser frénétiquement la douleur et le mal-être. L'absence de souhait agit alors en amont de l'équanimité et la facilite grandement. Jointe aux Trois Portes de la Sagesse, l'équanimité devient un véritable facteur d’Éveil. D'ailleurs justement, dans la liste des sept facteurs d’Éveil, l'équanimité est le septième et le plus haut de ces facteurs d’Éveil2.


     Dans le Soûtra de la Distinction des Éléments (Dhātu Vibhanga Sutta, Majjhima Nikayā, III, 237-247), le Bouddha explique ce rôle de l'équanimité dans la méditation pour aller dans les plus hautes sphères de la concentration méditative3  (c'est moi qui met les intertitres):

« 1°) Prise de conscience de l'apparition et de la disparition des sensations agréables, désagréables ou neutres.

     Supposons, ô moine, que la chaleur soit obtenue, que la lumière soit produite par la frottement de deux pièces de bois. Lorsque ces deux pièces de bois se sont séparées, leur chaleur réciproque cesse, puis disparaît. Il en est de même, ô moine, d'une sensation agréable qui se produit du contact qui donne une sensation agréable. En éprouvant une sensation agréable, on sait : « je sens une sensation agréable ». Lorsqu'il y a cessation du contact qui a donné la sensation agréable, on sait : « La sensation agréable qui s'est produite à cause du contact qui a donné la sensation agréable a cessé, elle a disparu ».

     Supposons, ô moine, que la chaleur soit obtenue, que la lumière soit produite par la frottement de deux pièces de bois. Lorsque ces deux pièces de bois se sont séparées, leur chaleur réciproque cesse, puis disparaît. Il en est de même, ô moine, d'une sensation désagréable qui se produit du contact qui donne une sensation désagréable. En éprouvant une sensation désagréable, on sait : « je sens une sensation désagréable ». Lorsqu'il y a cessation du contact qui a donné la sensation désagréable, on sait : « La sensation désagréable qui s'est produite à cause du contact qui a donné la sensation désagréable a cessé, elle a disparu ».

     Supposons, ô moine, que la chaleur soit obtenue, que la lumière soit produite par la frottement de deux pièces de bois. Lorsque ces deux pièces de bois se sont séparées, leur chaleur réciproque cesse, puis disparaît. Il en est de même, ô moine, d'une sensation ni agréable, ni désagréable qui se produit du contact qui donne une sensation ni agréable, ni désagréable. En éprouvant une sensation agréable, on sait : « je sens une sensation agréable ». Lorsqu'il y a cessation du contact qui a donné la sensation ni agréable, ni désagréable, on sait : « La sensation ni agréable, ni désagréable qui s'est produite à cause du contact qui a donné la sensation ni agréable, ni désagréable a cessé, elle a disparu ».

2°) Développement et purification de l'équanimité

    Alors, ce qui reste, c'est l'équanimité, bien pure, bien propre, souple, docile et brillante. Supposons, ô moines, qu'un habile orfèvre ou apprenti-orfèvre prépare un four. Ayant préparé le four, il l'allume. L'ayant allumé, il prend l'or avec des pinces et le jette dans le four. Puis de temps en temps, il souffle sur le feu ; de temps en temps, il arrose légèrement le four et de temps en temps il le regarde attentivement. Voici que l'or devient clair, pur, net, propre, libre de scories, souple, malléable et brillant, à tel point que cet or rend possible la fabrication d'une bague, d'un bracelet, d'un collier ou d'une guirlande d'or comme on le veut. De même, ô moine, l'équanimité qui reste est pure, souple, docile et brillante.

3°) Entrée dans les absorptions méditatives des mondes divins Sans Forme.

     Le pratiquant comprend ainsi :

   « Si je concentre cette équanimité ainsi purifiée, ainsi nettoyée, sur la Sphère d'Espace Infinie, et si je développe ma pensée selon elle, alors cette équanimité reposant sur elle, nourrie par elle, restera auprès de moi pendant longtemps ».

   « Si je concentre cette équanimité ainsi purifiée, ainsi nettoyée, sur la Sphère de Conscience Infinie, et si je développe ma pensée selon elle, alors cette équanimité reposant sur elle, nourrie par elle, restera auprès de moi pendant longtemps ».

   « Si je concentre cette équanimité ainsi purifiée, ainsi nettoyée, sur la Sphère du Néant, et si je développe ma pensée selon elle, alors cette équanimité reposant sur elle, nourrie par elle, restera auprès de moi pendant longtemps ».

   « Si je concentre cette équanimité ainsi purifiée, ainsi nettoyée, sur la Sphère de Ni Perception, Ni Non-Perception, et si je développe ma pensée selon elle, alors cette équanimité reposant sur elle, nourrie par elle, restera auprès de moi pendant longtemps ».

4°) Détachement des Sphères des mondes divins Sans Forme.

    Ensuite, le pratique comprend :

  « Si je concentre cette équanimité ainsi purifiée, ainsi nettoyée, sur la Sphère d'Espace Infinie, et si je développe ma pensée selon elle, ce ne sera qu'une chose conditionnée. »

  « Si je concentre cette équanimité ainsi purifiée, ainsi nettoyée, sur la Sphère de Conscience Infinie, et si je développe ma pensée selon elle, ce ne sera qu'une chose conditionnée. »

  « Si je concentre cette équanimité ainsi purifiée, ainsi nettoyée, sur la Sphère du Néant, et si je développe ma pensée selon elle, ce ne sera qu'une chose conditionnée. »

  « Si je concentre cette équanimité ainsi purifiée, ainsi nettoyée, sur la Sphère de Ni Perception, Ni Non-Perception, et si je développe ma pensée selon elle, ce ne sera qu'une chose conditionnée. »


5°) Détachement et réalisation du Nirvāna

  Ainsi, sans produire les choses conditionnées, sans intention de devenir ou de rester sans devenir, désormais la pratiquant ne saisit plus rien. Puisqu'il ne saisit pas, il n'est pas troublé. N'étant pas troublé, il atteint le Nirvāna, et il sait : « Toute nouvelle naissance est anéantie ; la Conduite pure est vécue ; ce qui doit être achevé est achevé, il n'y a plus rien qui demeure à accomplir, il n'est plus de devenir ». »











1On trouvera une traduction du Soûtra du Développement des Facultés Sensorielles dans : Môhan Wijayaratna, « Sermons du Bouddha », Points / Sagesse, Paris, 2006, pp. 185-195.

2Les sept facteurs d’Éveil sont : 1°) l'attention, 2°) l'investigation des Dharmas, 3°) la persévérance, 4°) la joie, 5°) la souplesse, 6°) la concentration, 7°) l'équanimité.


3Môhan Wijayaratna, « Le Bouddha et ses disciples », éd. Cerf, Paris, 1990, pp. 236-237.























Qu'est-ce que la compassion?

        On pense parfois que la compassion consiste à s'affliger soi-même de la détresse des autres, mais, dans la philosophie du Bouddha, rien de tout cela : la compassion est définie comme le souhait ardent que les autres soient libérés de la souffrance et des causes de la souffrance.


- Compassion (Dalaï-Lama)


Esprit d’Éveil

     Comment produire l'esprit d’Éveil ou bodhicitta? L'esprit d’Éveil est le souhait que tous les êtres soient libérés de la souffrance et deviennent des êtres pleinement éveillés. Les enseignements du lama tibétain Dza Patrül Rimpotché (XIXème siècle). 



Joie 

   Qu'est-ce que la joie spirituelle prônée par le Bouddha ?



- Éros, philia et agapé

   Réflexions sur les différentes formes de l'amour



- Empathie et altruisme

   Développer l'empathie et l'altruisme selon la philosophie bouddhiste






    Le bonheur est-il en nous ? Ou se trouve dans notre relation avec les autres ?



- En compagnie du souffle - 4ème partie



- Des montagnes et des plaines (Fernando Pessoa)

   Sur les inégalités de la vie...


- L'équanimité de l'Arahant (Nāgasena) et mon commentaire

    En quoi l'Arahant est encore touché par les sensations physiques, mais n'est pas affectée par elle. En quoi il a cessé d'éprouver des sensations mentales.





S.M.H. Amsterdam







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mercredi 17 août 2016

Approches du véganisme












    Je suis récemment tombé sur cette vidéo très bien faite qui expose un débat au sein de la communauté végane : est-il pertinent d'avancer des arguments de santé et des arguments d'écologie pour faire avancer la cause des véganes ? Certains véganes avancent que les arguments avancés devraient uniquement tourner autour des animaux, de leur bien-être et de leur droit à ne pas êtres exploités, massacrés et torturés pour le plaisir des hommes. C'est ce qu'on appelle l'approche « zoocentrée ». Delphine La Belette explique très bien dans sa vidéo que c'est vraisemblablement un faux débat. Les gens sont souvent plus préoccupés par leur intérêt égoïste que par les problèmes rencontrées par des personnes à l'autre bout du monde ou par les souffrances qui subit le monde animal. Invoquer des problématiques de santé ou d'écologie peut donc les inciter à s'intéresser au véganisme beaucoup plus que les seuls arguments « zoocentrés ».

      Delphine explique très bien aussi en quoi cela ne contredit pas l'abolitionnisme. Pour elles, les arguments éthiques concernant le bien-être et le droit des animaux sont les arguments qui vont faire que l'on va rester végane. Je pense qu'on ne peut pas mieux dire. Moi-même, j'étais végétarien depuis longtemps, mais ce qui m'a fait venir au véganisme, c'est un argument écologique. Si l'élevage est la cause de quantité monstrueuse d'émissions de gaz à effet de serre (CO2, méthane,...) et que je reste végétarien (que je fais donc appel à l'élevage pour le lait, les œufs, le fromage...), je participe encore à ces productions monstrueuses de gaz à effet de serre (peut-être moins qu'un mangeur de viande, mais quand même de manière très significative). Cette prise de conscience m'a obligé à admettre que si je voulais rester en phase avec mes idéaux écologiques, je devais adopter un régime végane.

     Donc, dans un premier temps, je suis devenu végane pour des raisons environnementales. Et c'est seulement après que les arguments purement éthiques concernant les animaux ont commencé à me toucher. En fait, il faut bien comprendre un ressort de la psychologie humaine. On a souvent l'idée fausse (défendue par Descartes dans le champ de la philosophie) que l'on évalue une situation avec sa raison et puis qu'on agit en conséquence avec sa volonté. En réalité, c'est souvent le contraire qui se passe : on change de comportement pour une raison x et y, et puis une fois le comportement modifié, on modifie sa vision du monde et ses arguments rationnels en conséquence. « On ne désire pas ce qu'on juge bon ; on juge bon ce qu'on désire », disait Spinoza. Concrètement, une fois que vous êtes devenu végane pour une raison x ou y (soit anthropocentrée, soit biocentrée, soit encore théocentrée), vous allez adopter beaucoup plus facilement les arguments zoocentrés : il est mal d'exploiter les animaux, les animaux sont des êtres sentients (doués de conscience et de sensibilité), il faut prendre en compte les droits des animaux, etc...

      Dans un commentaire de la vidéo sur YouTube, quelqu'un émettait l'objection qu'une personne devenant végane pour des raisons de santé ou écologiques pourrait très bien continuer à aller au cirque. Aller au cirque en effet ne nuit pas à votre santé ; et aller en voiture jusqu'au cirque pollue peut-être un peu, mais beaucoup moins que partir en voyage en Espagne ou au Mexique. Deux remarques contre cet argument : d'abord, le phénomène psychique dont je viens de parler. Une fois que l'on est devenu végane, même pour de « mauvaises raisons », on va être beaucoup plus perméable aux idées qui défendent l'intérêt des animaux, puisque notre mode de consommation est devenu soudain compatible avec la cause de la libération animale. Tant qu'on est pas végane, notre psychisme aura tendance à minimiser, voire à nier la tragédie vécue par les animaux. Par exemple, quand j'étais encore avec végétarien, une amie qui vivait dans une ferme en biodynamie m'avait expliqué que les veaux étaient séparés de leur mère pour qu'elles produisent du lait à destination des humains, et que, très souvent, le veau était envoyé à l'abattoir. J'avais l'information, mais je minimisais l'affaire. Je me disais que c'est parce qu'on tue les animaux qu'on se comporte de cette manière. C'est seulement une fois devenu végane que cet argument des veaux qui sont écartés de leur mère est devenu un argumentqui a renforcé et consolidé mon véganisme.

       Seconde remarque : ne vaut-il pas mieux un végane ou végétalien qui va encore au cirque qu'un mangeur invétéré de viande qui va aussi au cirque, qui chasse et qui aime la corrida ? Chez les défenseurs de la position « zoocentrée », il y a une certaine logique déplorable du « tout ou rien ». Soit vous êtes végane à 100 %, soit vous êtes un partisan de l'exploitation animale à 100%. Le philosophe américain Gary Francione résume cette position par une formule très douteuse : « Il n'y a pas de troisième choix ». Et bien en fait si. Il y a un troisième choix, il y a même toutes sortes de choix. En l'occurrence, entre le véganisme pur et le carnisme pur, il y a tout un éventail de possibilités. L'idéal étant de se rapprocher le plus possible du véganisme pur. Je rappelle au passage que le véganisme pur, absolu n'existe pas concrètement : même un végane très rigoureux qui n'achète rien qui contiendrait des traces de cruauté à l'encontre des animaux mange des légumes. Et ces légumes ont été produits par l'agriculture qui tue chaque années toutes sortes de petits animaux comme des insectes ou des mulots au moment de la moisson ou du labourage. En conséquence, on peut juste se rapprocher d'un idéal qui est le véganisme pur sans jamais l'atteindre à 100%.


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       En outre, l'approche zoocentrée a cette faiblesse de ne pas voir que tout est lié dans ce monde, tout est interconnecté. Si le réchauffement climatique continue à s'intensifier, ce n'est seulement l'humanité qui va en pâtir, mais bien l'ensemble des espèces animales. Combien d'animaux ne connaissent pas actuellement une détresse horrible, du fait que les ressources naturelles viennent à se tarir, que leur milieu de vie se transforme sans qu'ils aient le temps de s'adapter à cette transformation ? Une végane qui prendrait plaisir à rouler en hummer, qui prendrait sans cesse l'avion, qui ferait l'apologie des gaz de schistes seraient un végane qui fait du mal aux animaux, même s'il est « zoocentré ».

     De la même façon, l'approche végane de la santé peut paraître trop égoïste, encore plus l'idée de garder la ligne ou d'être dans une forme athlétique. Mais ce sont là des choses qui apparaissent aux yeux des gens dans la société. Un régime va-t-il me permettre de rester en bonne santé ? Va-t-il me permettre de garder la ligne ? Est-ce que j'aurai de la force physique si je deviens végane ? Est-ce que je ne vais pas devenir un gringalet si je ne mange plus que des carottes et du tofu ?

     On le voit bien avec la récente demande d'une députée italienne de mettre en prison les parents véganes qui imposeraient leur véganisme à leurs enfants. Face à cette menace, on ne peut pas répondre dogmatiquement avec l'approche zoocentrée. En fait, l'approche zoocentrée est typiquement ce qui semble extrêmement dogmatique et fanatique aux yeux de non-véganes. Les animaux y semblent plus importants que les enfants. Aux yeux du grand public, cette approche ressemble à l'attitude d'une secte dangereuse.

      Justement, en ayant une approche plus ouverte, les véganes apparaîtront comme ayant un rôle positif à jouer dans la société. Les véganes doivent communiquer beaucoup plus qu'ils ne le font sur la nutrition et les bienfaits d'un régime végane. Il ne suffit pas dire qu'on peut être en bonne santé, de répéter pour la millième fois qu'on n'a pas pas de carence en protéines et en calcium. Mais il faut montrer, études scientifiques à l'appui, que le véganisme est une bonne chose pour la santé et que des parents carnistes consciencieux se devraient de donner une nourriture végane pour les enfants dans le souci constant de leur bien-être et de leur santé.

       Il faudrait dire à cette députée italienne : OK, peut-être que le véganisme est dangereux pour la santé. Faisons donc des études scientifiques neutres et objectives, financées par le gouvernement italien, pour vérifier cette assertion, et dégageons le vrai du faux sur les conséquences d'une alimentation 100% végétale sur la santé. En fait, ils se rendront que c'est pas nocif pour la santé, et que c'est même bon pour le développement des enfants. Il y a déjà des études significatives qui vont dans ce sens, mais plus d'études ne fera pas de mal et enfoncera le clou que le véganisme est bon pour la santé. Au fond, cette proposition de loi de la députée italienne risque de se retourner contre les carnistes qui emmènent leurs enfants aux McDo et qui les gavent de produits animaux !

    Stratégiquement, les véganes ne peuvent pas faire l'impasse sur la santé. Sauf à accepter le fait de ne pas avoir d'enfants et de laisser les enfants aux mains des carnistes. L'attitude éthique qui consisterait à dire que : « je serai végane, même cela devait nuire à ma santé » peut susciter l'admiration devant tant d'abnégation, un peu comme devant le martyr qui accepte de mourir pour sa cause religieuse, mais elle ne fait pas avancer la cause végane auprès du grand public qui va associer véganisme à une vie sainte, mais pas à une vie saine !



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       Dernière remarque par rapport à la vidéo de Delphine La Belette : il n' y a pas que la dimension de santé et la dimension écologique. Il y a aussi toute la dimension humanitaire de la problématique de l'élevage. Comme il faut bien nourrir le bétail, on utilise des superficies extrêmement importantes de champs agricoles pour faire pousser du maïs, du soja ou d'autres végétaux qui vont nourrir le bétail, alors qu'on pourrait nourrir les humains avec ces champs. Par ailleurs, en mettant en concurrence les champs destinés à nourri les animaux et les champs destinés à nourrir les humains, on met une pression considérable sur les prix des ressources alimentaires, sur lesquels les spéculateurs jouent de plus en plus au détriment des consommateurs des pays pauvres, qui ont de plus en plus de difficultés de à nouer les deux bouts et à nourrir leurs enfants et leurs familles. Dans les cas les plus sévères, tous les jours, des personnes humaines, dont beaucoup d'enfants, meurent de cette famine et cette malnutrition. Le véganisme permet de soulager cette faim dans le monde. Et c'est encore une raison de mettre en avant le véganisme.




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     Voilà. Je pense qu'on peut faire la promotion du véganisme en adoptant une approche anthropocentrique (la dimension sociale et humanitaire dont je viens de parler ici, la santé des êtres humains, l'écologie en tant que préservation d'abord de l'espèce humaine) ou l'approche biocentrique (la défense de la Nature en elle-même, indépendamment du sort de cette espèce nuisible invasive que les scientifiques appellent homo sapiens sapiens) sans nécessairement trahir la cause abolitionniste. Bien sûr, il ne faut pas perdre de vue l'intérêt des animaux. Les arguments éthique en faveur des animaux ont toute leur pertinence, mais ce n'est pas parce qu'on développe certains arguments anthropocentrés ou biocentrés que l'on va perdre de vue la noble cause de la libération animale.









Maman Carotte





Sur la proposition de loi de la députée italienne Elvira Savino, voir : 




Pour des conseils très pratiques lié au véganisme et à la santé, voir notamment le site de L214 : Vegan pratique





Voir aussi : 


    Pour Gary Francione, la seule position morale cohérente par rapport à l'exploitation animale est le véganisme éthique (dans l’intérêt des animaux). Il refuse tout approche du véganisme qui prendrait en compte l'homme soit dans ses intérêts, soit dans sa psychologie. Que faut-il penser de cette approche ?



    Tout est lié, tout est interdépendant.

Penser l’homme et l’animal au sein de la Nature


    Yves Bonnardel et David Olivier, deux contributeurs des Cahiers Antispécistes, ont critiqué l'idée de Nature dans une perspective antispéciste. D'une part, parce que l'idée de Nature suppose une hiérarchie naturelle où les animaux sont considérés comme inférieurs aux être humains. Et d'autre part, parce que l'idée de Nature suppose de voir une harmonie qui régit les écosystèmes, là où il n'y a qu'une lutte infernale pour la survie. Cet article se propose de considérer ces arguments et de se demander si une mystique de la Nature est tout de même possible.




















Voir tous les articles et les essais du "Reflet de la lune" autour de la libération animale ici.



Voir tous les articles et les essais du "Reflet de la lune" autour du végétarisme et du véganisme ici


Voir toutes les citations du "Reflet de la Lune" ici.